-Pardonner…

Je voulais aborder une notion spirituelle, très ancrée, que ce soit dans les courants de développement personnel ou dans les courants religieux : Le Pardon.

-Pardonner à l’autre:

Il faut pardonner… Il faut pardonner à celui qui m’a fait du mal. Je dois pardonner à mon bourreau. IL FAUT, JE DOIS, pardonner sinon je ne trouverai pas le repos, ni la paix vis à vis de mon vécu… Je dois pardonner, je n’ai pas le choix, c’est une obligation, presque divine.

Oh toi pauvre victime, tu as été violée ? Tu as été battue ? Tu as été souillée ? Tu as été humiliée ? Tu as été rabaissée ? Alors, en vérité je te le dis, pardonne à ton bourreau et tu iras beaucoup mieux.

Je trouve cette obligation de pardon d’une extrême violence. Comment peut-on demander à un enfant victime de viol de pardonner? Comment peut-on demander à une femme battue pendant des années de pardonner? Comment peut-on demander à une personne réduite à rien de pardonner? Cela me fait penser à la double peine, notion très à la mode il y a quelques années. Tu as subi, maintenant tu dois pardonner, sinon tu ne pourras tourner la page. Tu as été puni, je rappelle que les victimes se sentent souvent coupable, voire responsable, de ce qui leur est arrivé, et bien sache que tu entretiens ta punition en ne pardonnant pas. Tu es, encore une fois, coupable de ton propre malheur.

La raison évoquée est que la personne ayant commis cet acte a, bien souvent, été victime de la même chose et qu’elle ne fait QUE reproduire ce qu’elle a vécu. C’est fort probable, mais toutes les victimes deviennent-elles nécessairement bourreaux ? L’obligation de pardon ne peut-elle pas être perçue comme une forme de justification de cet acte ? Tu a subi, mon pauvre, je te pardonne d’avoir reproduit cela sur moi. Certains s’en servent même pour se justifier: “Ce n’est pas de ma faute, j’ai eu une enfance difficile”.

Comprenez-moi bien, je ne dis pas, ici, qu’il ne faut rien pardonner, qu’il ne faut rien laisser passer. Je ne dis pas qu’un acte plus ou moins malveillant envers l’autre soit justifiable. Le petit copain de maternelle qui m’a volé deux bonbons à l’époque, peut-être puis-je envisager de lui pardonner. Peut-être que son vol est compréhensible car il n’avait jamais de bonbons à la maison.

Avant de trop m’embrouiller dans mes explications, je vais vous raconter une histoire… mon histoire.

Etant enfant, j’ai subi des choses pas très sympathiques de la part d’un adulte qui avait autorité sur moi. Le choc fut tel que j’ai enfoui ce souvenir au plus profond de mon petit cerveau. Ce n’est que récemment, du fait de travailler avec les énergies, que ces souvenirs sont remontés.

J’ai beaucoup travaillé dessus, pour en adoucir les effets. Et je pensais avoir fait tout ce qu’il fallait, j’avais même réussi à pardonner, en partie. Il y a peu cette personne est décédée, qui plus est, avec les honneurs. En lisant les hommages qui lui étaient rendus, j’ai pris conscience que tout n’était pas guéri en moi.

La honte et la culpabilité étaient toujours aussi présentes, ainsi que la colère, le manque d’estime de soi et d’autres émotions tout aussi agréables. Pour tout vous dire, je me suis rendu compte que je n’avais pas pardonné.

Je me suis donc replongé dans mes souvenirs. Une vraie partie de plaisir !

Une des choses qui m’est apparue rapidement, c’est que je devais me libérer. Le petit Yannick qui avait subi, et qui n’avait pas pu en parler, ce petit Yannick devait être entendu. J’ai donc lancé une campagne de communication, et raconté à mes proches ce qui c’était passé. La parole libère, au plus haut point.

Après cela, j’ai pu m’occuper de cet enfant, blessé, souillé, humilié et très très en colère… contre lui même. J’ai pu ME pardonner.

C’est à ce moment de ce récit que je vais passer pour illuminé aux yeux de certains. Mais j’assume.

Le monde de l’invisible m’a fait, alors, le plus beau des cadeaux. Je devais aller chercher l’âme de mon bourreau décédé, pour la remettre à qui de droit. Les consignes sont parfois très succinctes pour ce types de “missions”.

Je me suis donc rendu à l’endroit voulu, ai combattu les nombreux “démons” de cette personne. J’ai attrapé son âme.

J’ai fait cela sans haine ni colère à son encontre, je ne lui avais pourtant pas pardonné, et ne lui ai pas pardonné à ce jour. Mais je me suis pardonné à moi. Je ne renie pas non plus ce que cette personne a fait de bien dans sa vie, mais ces faits là je ne peux les pardonner.

Je me suis rendu compte qu’il y avait un peu de lumière en elle, certes un tout petit morceau, mais tout de même bien là, brillant dans la nuit. Cela m’apparaissait comme une médaille autour de son cou.

Ne dit-on pas que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir? J’ai donc saisi son âme sombre dans ma main et la médaille dans l’autre. Et je suis allé présenter le tout à une instance supérieure. Par commodité je l’appellerais Dieu. Même si je ne me revendique d’aucun courant religieux, je reste de culture chrétienne. D’autres l’appelleront l’Univers, la Source… Sur le moment je n’avais pas conscience d’être devant “Dieu”, c’était juste, pour moi, une instance à même de s’occuper de cette âme. Ce Dieu m’est apparu sous forme masculine,  sa part féminine étant La Vie, la Nature, la Terre (c’est très résumé et simplifié, mais, non messieurs, Dieu n’est pas que masculin, je tenais à le préciser).

Je remets donc à Dieu cette âme sombre ainsi que la petite parcelle de lumière en précisant bien que je n’avais aucune légitimité pour en juger, je n’avais fait que ce qui m’était demandé. Dieu a alors saisi l’âme et l’a jeté dans un trou à proximité, sans autres formes de procès. J’ai cru comprendre qu’il y faisait très très chaud…

Il m’a alors demandé ce que cette personne avait fait. J’ai commencé à lui expliquer ce que j’en savais. Il ne m’a même pas laissé le temps de finir. Il a lancé le médaillon dans le même trou que l’âme, la petite parcelle de lumière restante  a rejoint le reste. Il a été puni.

J’ai alors compris deux grands principes, qui m’ont apporté beaucoup de soulagement.

Le premier étant que tout se paye, d’une manière ou d’une autre, dans ce monde ou dans l’autre. Il y a une justice “divine” et elle peut être plus radicale que la justice des hommes. Et ça fait du bien de savoir cela.

Le second principe que j’ai compris, c’est, qu’aux yeux de Dieu, certaines choses sont impardonnables. Ce qui est très déculpabilisant vis à vis de cette “obligation” de pardon.

Alors, si Dieu lui même ne peut pardonner certains actes, comment nous, simples humains, pourrions-nous le faire ?

-Se pardonner à soi-même:

Nous voilà donc débarrassés de cette obligation de pardonner, quel soulagement ! Je peux donc aller déverser ma colère et me venger de cette personne ? Et pourquoi pas lui faire subir à mon tour ce qu’elle m’a fait ? Ce ne serait qu’un juste retour.

C’est une solution, effectivement, mais cela ne ferait que me mettre dans la position du bourreau qui reproduit. Et ainsi m’abaisser à son niveau.

Je n’ai pas ici de recettes miracles à vous proposer. Et ce n’est pas le but de ce “petit” texte. C’est un travail personnel, un cheminement propre à chacun. Je ne peux que vous proposer quelques pistes d’explorations, d’autres existent, beaucoup d’autres. A chacun de trouver celle qui lui convient.

Le premier conseil que je peux vous donner, c’est de vous exprimer sur votre vécu. Ne gardez pas ça pour vous, ne laissez pas cela pourrir au fond de vous. Parlez en à vos proches, à votre famille, à vos amis. Si cela vous est impossible, il existe de très bons thérapeutes. Si par manque de moyen, ou toute autre raison, vous ne pouvez ou souhaitez pas faire appel à un thérapeute, l’écriture peut être un bon compromis. Mais surtout laissez sortir, exprimez-vous. Cela permet de porter un autre regard sur son histoire, la voir sous un autre angle, l’observer avec un œil neuf, surtout si c’est un vécu ancien. La parole libère, s’exprimer libère, extérioriser libère.

Un autre point qui me parait important: soyez doux avec vous même. Vous n’êtes pas fautif de ce qui vous est arrivé. Ce n’est pas de votre faute si l’ont vous  violenté(e), battu(e) ou que sais-je. Non, vous ne l’avez pas mérité, non, vous ne l’avez pas cherché. Là, ce ne sont pas vos paroles, ce sont celles de votre agresseur, celles de votre bourreau. Une manière de justifier ses actes tout en vous culpabilisant. Une façon de vous garder sous son emprise, sous son contrôle.

Cessez de vous culpabiliser, cessez de vous en vouloir. Cessez d’être en colère, car au final une bonne partie de cette colère est contre vous. C’est un poids devenu inutile, pourquoi continuer à s’en encombrer?

A force de ressasser, de se dire: “j’aurais du faire comme ceci, je n’aurais pas du laisser faire ça”. Cela c’est passé ainsi, personne ne peut rien y changer. Et certainement que vous n’aviez pas le choix. Moi je ne l’ai pas eu.

Essayez de vous pardonner. A ce moment-là, vous avez fait ce que vous pouviez. Avec vos force et vos faiblesses, avec la personne que vous étiez. Vraiment, vous avez fait de votre mieux. Etant donné le contexte, vous ne pouviez pas faire autrement.

Le dernier petit conseil que je peux vous donner : tirez la leçon de votre vécu, même s’il a été difficile, tragique, peut-être même horrible. Mais il est là, il fait partie de vous. Il est un morceau de qui vous êtes aujourd’hui. De toute façon vous n’avez pas le choix, on ne peut être complet en reniant une part de soi.

Alors que faire avec? Je ne vois là que deux solutions. Soit nous le gardons tel quel, lourd à porter, pourrissant dans un coin.

Soit nous prenons notre courage à deux mains et nous l’observons pour ce qu’il est. Nous pouvons le nettoyer, le guérir. Et, soyons fou, lui faire révéler sa beauté cachée. C’est un travail qui peut être long à effectuer, sans aucun doute difficile. Mais je vous l’assure, ça en vaut vraiment la peine. Et surtout, vous le méritez bien. Nous le méritons bien.

Ne perdez pas votre temps ni votre précieuse énergie à essayer de pardonner. C’est donner beaucoup de valeur à quelqu’un qui ne le mérite sans doute pas. Pardonnez-vous à vous-même, vous êtes la personne la plus importante de votre vie. Vous pourrez alors porter un nouveau regard sur cette personne et sur ces actes. Pensez vous qu’elle soit heureuse ? Pensez vous qu’elle soit enviable ? … Vous serez alors libre de pardonnez… Ou pas.

Prenez soin de vous.

Yannick

Posted in Confinement.

One Comment

  1. En effet, je pense que nous n’avons pas à pardonner à l’autre, comme une obligation, en tout cas… ce n’est pas notre rôle,nous pardonner à nous même est la seule chose à faire. Pour moi, notre rôle est de vivre notre êtreté, expérimenter, et évoluer dans notre spiritualité..Ce n’est que mon avis,bien sûr

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